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Ce roman, inspiré de faits réels, retrace la vie à Policarpa, village perdu dans la cordillère des Andes, au Sud de la Colombie. L’auteur y a vécu et travaillé pendant six ans.
Les campesinos de Policarpa vivent dans une région peu touchée par la civilisation moderne. Même s’ils sont confrontés à un climat d’injustice sociale et de violence, ils rêvent d’un avenir meilleur. Leur joie de vivre, l’importance qu’ont pour eux des valeurs telles que la famille, l’amitié et la solidarité, tout comme leur goût inné pour la fête, voilà sans doute le moteur de cette espérance.
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La région de Policarpa
Policarpa, village d’environ mille habitants, est situé sur les flancs de la cordillère occidentale des Andes, dans le sud de la Colombie, chef-lieu de la commune qui porte le même nom. Celle-ci s’étend sur cinq cent cinquante km2 et son territoire est délimité à l’est et au sud par le fleuve Patia formant à cet endroit un angle aigu pour prendre la direction de la forêt vierge qui borde l’océan Pacifique.
Avec sa topographie accidentée, la région est riche en contrastes. Les berges du Patia se situent à quelque cinq cents mètres d’altitude, tandis que les sommets de la cordillère culminent à plus de deux mille mètres. Le climat est torride et sec sur les rives déboisées du cours d’eau, tempéré et agréable dans le voisinage du village de Policarpa, à mille mètres d’altitude. Sur les hauteurs, il fait plus frais, tandis qu’au fur et à mesure qu’on s’approche de la forêt vierge, la chaleur humide devient plus oppressante.
Peu touchée par la civilisation moderne, la nature a préservé en grande partie son caractère sauvage. Riche et variée, la végétation tropicale donne aux paysages un air de jardin d’Eden. Comparaison qui ne vaut pourtant que pour le charme de la région et pour la prospérité de la nature. Les habitants de cet apparent paradis ont plutôt le sentiment de vivre en enfer. La région reste isolée du reste du monde et les autorités colombiennes se soucient peu de son développement. Infrastructures routières et voies de communication, santé, éducation, assistance technique et financière, ces termes, synonymes de progrès et de bien-être, le petit paysan ne les entend qu’en période électorale; les politiciens en quête de suffrages les auront bien vite oubliés par la suite, qu’ils soient élus ou non. Les habitants de Policarpa vivent en marge de la société moderne et les inégalités sur le plan social rendent cette situation encore plus déplorable. Une minorité de personnes – appartenant à quatre ou cinq familles – possède une grande partie des terres cultivables et monopolise le secteur commercial et politique. Le reste de la population vit dans une situation de dépendance et de misère, parfois extrême.
J’ai vécu à Policarpa durant six ans – entre 1973 et 1976, puis de 1981 à 1983. Même si les années ont passé et si des milliers de kilomètres me séparent aujourd’hui de la Colombie, je suis resté très attaché à Policarpa qui est devenu en quelque sorte «mon» village. Aujourd’hui encore, je sens le besoin de parler de ses habitants, les amis avec qui j’ai partagé un bout de vie. Leur mode d’existence m’a fortement marqué.
En 1973 – date à laquelle je suis arrivé dans la région – le village n’était pas encore accessible en voiture. Pour y parvenir, en partant de Pasto, la capitale départementale, il fallait compter trois à quatre heures en camion ou en jeep, puis quatre bonnes heures à pied ou à dos de cheval. Pourtant, à vol d’oiseau, il s’agit d’une distance de quelque 80 kilomètres. La topographie fortement accidentée et l’état des routes non asphaltées, souvent à la limite du carrossable, donnent aux distances une dimension inimaginable chez nous. Un réseau de chemins muletiers relie le village aux différents hameaux disséminés jusqu’au coeur de la forêt vierge. A l’époque, dans toute la région, il n’y avait pas d’électricité, ni de téléphone; un seul poste de santé pour 10'000 habitants, mais pas de médecin et pour ainsi dire pas de médicaments.
Le récit que je propose est basé sur des faits réels que j’ai vécus durant les six années passées à Policarpa. Au fil des jours, j’ai pris des notes, mêlant à mes souvenirs personnels ce que me racontaient, tout particulièrement, les personnes les plus âgées. Lorsque par la suite j’ai relu ces écrits, l’envie m’a pris de les rendre accessibles dans l’espoir de partager ce que j’ai eu la chance de voir et de vivre. J’ai dû me rendre à l’évidence que ce n’était pas une tâche aisée. Il y avait la différence de mentalité et de mode de vie. Des choses qui me semblaient évidentes dans le vécu, mais que je ne parvenais pas à reproduire en paroles. Pour rendre plus facile et plus agréable la lecture de mes notes, je me suis donc inspiré de ce que m’avaient enseigné les campesinos: lorsqu’ils me racontaient leurs histoires, ils savaient toujours trouver le moyen de les enjoliver, y ajoutant quelque anecdote. Je me suis un peu écarté de la réalité, j’ai inventé des personnages et j’ai créé un fil conducteur pour que l’histoire soit plus agréable à suivre.
L’histoire commence au mois de mars 1973, époque où je suis arrivé pour la première fois en Colombie.
Pour voir des photos de Policarpa : cliquer ici